Témoignages

Moi Max C. Dépendant en rétablissement, 

Ce que je me suis entendu dire pendant les vingt années qu’a duré ma consommation active… Il faut que tu arrêtes de prendre des drogues (légales ou illégales), de l’alcool, des solvants. Il faut que tu te soignes, avec une cure l’entourage et le médecin généraliste pensent se débarrasser du problème.

Qui représente les gens qui s’en sortent et surtout comment ont-ils fait?, car le coeur de cette maladie est là! Que faut-il que je fasse pour arrêter de consommer.

A la fin de ma consommation, si quelqu’un m’avait dit de faire le tour de mon pâté de maison à genoux pour arrêter de consommer, je l’aurais fait et finalement j’ai subi bien plus d’humiliations : demander l’aide alimentaire, s’habiller à la croix rouge, les urgences qui ne m’acceptent plus.

En faisant une synthèse de mon parcours et en écoutant mes camarades dépendants en rétablissement nous voyons bien que chaque cas est différent mais que tous, nous avons la même histoire. Chaque étape nous a aidée, chaque personne qui nous a tendu la main, nous a sauvé pour quelques jours de plus. Bien sûr que le médecin généraliste qui a voulu me faire enfermer en psychiatrie car il avait peur de moi, m’a aidé à sa façon. Chaque maillon est important c’est pourquoi je soutiens toutes les initiatives car il ne faut négliger aucune solution pour sauver la vie des dépendants en danger.

L’alcoolisme est aujourd’hui assez toléré et donc AA (Alcooliques Anonymes) qui est la plus ancienne des fraternités a meilleur presse, les différentes personnalités médiatiques qui ont écris des livres sur leur rétablissement ont bien aidé à ce fait. Mais aujourd’hui les façons de consommer sont différentes que celles de nos grand-parents ou même de nos parents. Aujourd’hui nous sommes poli-toxicomanes en général. Il y a toujours un produit de choix mais nous y associons au fur et a mesure de notre addiction divers produits de substitution. Pourquoi y a-t-il des lits d’alcoologie et d’autres d’addictologies ??? Alors que c’est la même maladie. A l’hôpital parisien ou j’ai fais une cure il y a 16 ans il n’y avait qu’un lit d’adicto pour combien d’alcoologie ????

J’ai voulu m’en sortir dès ma première cure de désintoxication, j’avais 19 ans et je consommais depuis 7 ans. il m’a donc fallu exactement 20 ans d’effort et de traitements en tous genre pour arriver au rétablissement. Un parcours du combattant où 1 dépendant sur 10 survit. Ensuite, dans le rétablissement nous ne sommes pas loin des mêmes chiffres, faites le compte vous-même.

C’est insupportable, c’est inadmissible. Il faut encourager les associations d’usagers. C’est une combinaison d’éfforts qui n’ont sauvé la vie. J’ai commencé par AA (Alcooliques Anonymes) en province grâce à une femme qui les connaissait et ensuite à NA (Narcotiques Anonymes). Et j’ai pu entretenir mon rétablissement parceque c’était gratuit. Gratuit et de ma propre volonté (qui a été réveillée par les groupes d’entre-aide), voilà ce qui m’a attiré dans les groupes de parole. Car quand j’ai commencé mon rétablissement je n’avais pour toute richesse que mon numéro de sécurité sociale.

En France, nous avons l’Association des paralysés de France, l’Association contre la myopathie, Aides, SOS VHC, l’Association Française des diabétiques…. Aujourd’hui il y a aussi l’Association Française des dépendants en rétablissement et généralement les séquelles de notre guerre font que nous appartenons aussi à AIDES ou SOS VHC ou à beaucoup d’autres….

Max le Lundi, 18 Octobre 2010

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François C. Membre de l'AFDER

Salut François !

Voilà, ça ne fait pas bien longtemps que j’ai arrêté de compter les jours depuis que tu nous as quitté, mon ami. Oui, François, tu es définitivement parti et ton nom s’allonge à la beaucoup trop longue liste des ami(e)s prématurément partis. Nous assistons au fil des ans à l’hécatombe des vies qui s’évanouissent sans que ça se sache, sans bruit, sans raison valable, en catimini, parfois avec honte. Heureusement ce ne fut pas ton cas. Tu as été entouré d’un halo d’amour et d’amitié, et des projets tu en eux jusqu’à la dernière minute.

Je suis triste et je suis en colère, comme toujours et cette habitude je m’y fais de moins en moins. Les souvenirs de nos dernières discussions me reviennent en mémoire. Ces derniers mois nos maladies réciproques nous avaient particulièrement rapprochés. Avec qui d’autre que toi je pouvais parler de mes douleurs physiques, avec qui d’autre que toi, je pouvais partager sur comment avancer dans la vie et dans mon rétablissement alors que le cancer prend de plus en plus de place. Comment gérer rétablissement et maladie, que faire de nos vies professionnelles en lambeaux, quel projet mettre dans nos vies. Moi, qui t’avais vu arriver dans les salles, tout maigre et tout paumé, comme tout le monde. Toi, qui en quelques mois avait retrouvé la joie de vivre, comme tout le monde, toi qui allais soulever de la fonte avec Norbert et qui avais doublé de volume, comme beaucoup d’entre nous.

Tu me disais ton désir de vouloir participer plus activement au sein de l’association AFDER. Tu as déjà beaucoup fait, je te l’assure, avec ton rétablissement et ton expérience aux urgences de l’hôpital Beaujon qui consistait à transmettre le message que le rétablissement est possible et d’expliquer aux dépendants les chemins à suivre. Tu as vraiment assuré et bien fait un beau travail, malgré les doutes qui t’assaillaient en permanence.

Il y a quelques jours, un dépendant est venu me voir pour me raconter comment tu lui avais donné l’espoir un soir aux urgences et que maintenant il alignait quelques mois de rétablissement…

Nous étions en révolte contre le monde médical qui nous maltraite et nous avions cent exemples pour faire leur procès et les bruler en place de Grève, et en même temps nous prenions toujours plus conscience que les dépendants en rétablissement pensent qu’une fois en rétablissement ils méritent plus que le commun des mortels…

Nous avions toujours le rêve que les dépendants soient mieux informés, mieux représentés et mieux suivis. Nous rêvions de centres de traitement sur le modèle Minnesota sur tout le territoire national et surtout d’un réseau européen. Nous avions l’ambition d’une association fédératrice qui pourrait rassembler le plus grand nombre. Nous avions le désir de faire connaître les groupes d’entre-aide.

Tu nous as aidé dans la rédaction et la présentation que nous avons faite devant la Commission Interparlementaire sur la Toxicomanie à l’Assemblé Nationale.

Ce moment est notre fierté à tous et à toi notamment qui nous a si bien conseillé au moment de représenter et de défendre les intérêts des dépendants.

Tu étais aussi très intéressé par le développement du réseau européen et comme nous tous, tu y voyais l’occasion de faire de belles rencontres au travers de beaux voyages, tout en transmettant le message du rétablissement, aujourd’hui nous sommes en collaboration avec 3 pays.

Aussi, un jour à la fois, une vie pleine de projets et d’illusions nous attend, et, même absent, tu vis dans mon cœur Françoiset dans le souvenir de tous les dépendants qui t’ont connu.

Ton nom est aussi lié à l’AFDER et nous souhaitons que tout le monde le sache.

A bientôt mon frère,

Julien C.

Association Française des Dépendants en Rétablissement

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Je m’appelle Olivier, j’ai 29 ans, je suis un mec normal, un boulot, une famille, un chat. Et pourtant j’ai chuté. Je suis devenu accro à la codéine. La codéine, on la retrouve dans de nombreux médicaments, en vente libre. Olivier raconte comment il est devenu un « drogué du quotidien » en détournant l’usage d’un médicament, la codéine; et comment il s’en est sorti.

On sait que la consommation de codéine en France a doublé depuis 2007, au point d’inciter les autorités sanitaires à renforcer sa surveillance. Comme Olivier a pu le faire, certaines personnes en consomment de grandes quantités, à la recherche d’effets opiacés, et développent une addiction sévère.Mathieu Deslandes

Suite à une période compliquée, rythmée d’incessants maux de tête, de crises d’angoisse à répétition, un pharmacien m’avait proposé, en 2009, une boîte de Prontalgine. Le seul médicament qui semblait soulager ces fichues migraines, puis petit à petit, le seul médicament qui pouvait m’apporter un certain bien-être : une caresse artificielle dans un monde où je ne trouvais plus de réconfort.

Ma consommation a augmenté, doucement, insidieusement. Sans m’en rendre compte, je passais de quatre à douze comprimés par jour. Parfois beaucoup plus, mais jamais moins.

Je connaissais les pharmacies par cœur, celles de garde, celles qui ouvrent le dimanche. Les pharmaciens m’adressaient de chaleureux sourire et des salutations gênantes dans la rue.

J’évitais soigneusement de remettre les pieds dans une échoppe deux fois d’affilées, j’achetais les boites par deux, puis par trois. Un départ en vacances ? Il me fallait faire cinq pharmacies pour me constituer un petit stock de cachets codéinés.

Il me fallait sortir de cet enfer

Mes proches n’ont jamais été au courant, ils voyaient bien qu’il m’arrivait souvent de prendre un comprimé ou deux, mais la plupart du temps, je le faisais discrètement.

J’avais l’impression d’être en pleine possession de mes moyens. Boosté par le trop plein de caféine que contenait ce remède, je pouvais me coucher très tard sans pour autant être trop fatigué le lendemain.

Un jour, tout s’est cassé la gueule.

Le 25 décembre dernier, je me suis retrouvé à court. Pour la première fois depuis six ans, j’allais passer une journée sans codéine. Premier sevrage involontaire. Ce fut l’horreur totale, je transpirais, j’étais déprimé. Mes jambes bougeaient sans arrêt, j’étais violent dans mes réactions. Couché à 19 heures, réveillé à midi le lendemain.

Je réalisais seulement à ce moment là que j’avais un problème avec la codéine. Un problème tout court. Il me fallait sortir de cet enfer. Enfer plutôt coûteux pour ma santé, pour mon portefeuille (une centaine d’euros par mois), pour mon rapport aux autres…

J’ai rencontré trois médecins généralistes : les trois ont dédramatisé mon problème, et à part un anti-dépresseur, aucun n’a jugé nécessaire de m’aider :

« Si ça calme vos maux de tête, avec ces doses, vous n’allez pas mourir. »

Je venais pourtant de lire des centaines de messages sur tout un tas de forums spécialisés : j’avais un sérieux problème d’addiction.

J’étais honteux mais le médecin ne m’a pas jugé

Les médecins généralistes ne voulaient pas m’aider ? De mon propre chef, j’ai franchi la porte d’un centre d’addictologie. Ce fut violent. A mes côtés dans la salle d’attente un foule d’écorchés, de drogués.

Je savais que la tâche serait difficile. Mais la « thérapie » s’est faite en douceur. Des rendez-vous pour parler de tout ça, de la consommation, à essayer de comprendre le « pourquoi » avec pour un aide, un médecin addictologue compétent.

J’ai commencé par une petite diminution, lente, étalée sur deux mois entiers. J’ai tenu bon, j’étais progressivement à trois ou quatre comprimés en quelques semaines, mais au mois de mars j’ai trébuché : j’étais honteux, mais le médecin ne m’a pas jugé. Au contraire, pour lui c’était plutôt normal.

S’en est suivi un premier rendez-vous avec une psychologue du service addictologie, puis un deuxième, puis un troisième. J’ai attendu le quatrième rendez-vous pour en sentir les bénéfices : petit à petit, je comprenais pourquoi j’en étais arrivé là.

Une souffrance professionnelle, des problèmes relationnels et un fait marquant (ma compagne, enceinte, a fait une fausse couche) étaient le point de départ de tout ça.

J’ai énormément parlé entre février et mai. Les analyses et les scanners me l’ont confirmé : mes maux de tête n’avaient aucune cause biologique. « Peut-être que c’est vous… », m’a un jour suggéré un médecin. Ce fameux mal de tête qui me bouffait la vie, mon cerveau l’avait inventé.

Je suis « en rétablissement » depuis plus d’un mois

Depuis le milieu du mois de mai, j’ai tout arrêté. De trois comprimés je suis passé à rien. Cela a été physiquement compliqué. Encore des bouffées de chaleur, de l’angoisse, les jambes qui bougent, le sommeil trop profond ou alors très perturbé.

Mon corps réclamait sa dose, mais mon esprit, plus sain m’empêchait de passer à l’acte. Je suis donc « clean » depuis plus d’un mois après une consommation déchainée, et j’ai mal à la tête… quand je fais un peu trop la fête, ou après des journées trop chargées. Comme tout le monde en fait.

Si vous êtes dans le même cas que moi, faites-vous aider, ne restez pas seul dans cette foutue merde. Dirigez-vous vers un centre d’addictologie, un groupe d’entraide, ou à l’AFDER. Et puis parlez-en. A vos proches, à vos pharmacies. Mettez vous « au pied du mur ». Reprenez votre vie en main.

Pour ma part, ces derniers mois j’ai réglé certains vieux problèmes avec des amis, j’ai pris des décisions concernant mon avenir professionnel et j’ai exploré des choses en me découvrant des passions… qui m’ont aidé à tenir (entre autre la lecture !).

N’essayez pas l’arrêt brutal, c’est inutile. Prenez le temps.

Je pense être sorti d’affaire, même si je redoute les prochains coups dur. Mais la prochaine fois, au lieu de me jeter sur une boite de Prontalgine, j’irai voir la psy. J’ai une pensée pour tous ceux qui en chient. Tenez bon.

Olivier

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