Mission d’information sur les toxicomanies

Rapport sur la toxicomanie La mission d’information sur les toxicomanies (France) a déposé cet été un rapport en deux tomes portant sur les toxicomanies. Dans la continuité du premier rapport général sur la drogue rendu en juin 2003 par Nelly Ollin et le Sénateur Gérard Plasait (rapport d’information  321) Drogue : l’autre cancer. Un nouveau rapport refait le point dans la perspective de l’ouverture de salles de shoot. La mission interparlementaire d’information sur les toxicomanies rappelle et confirme les dangers de l’usage de la drogue.

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N° 3612/ N° 699

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ASSEMBLÉE  NATIONALE / SÉNAT

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

TREIZIÈME LÉGISLATURE SESSION ORDINAIRE DE 2010 – 2011

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Enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale Enregistré à la présidence du Sénat  le 30 juin 2011 le 30 juin 2011

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MISSION D’INFORMATION SUR LES TOXICOMANIES

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RAPPORT D’INFORMATION sur les toxicomanies

Par Mme Françoise Branget, Députée, et  M. Gilbert Barbier, Sénateur

 

CONCLUSION :

 

Au vu des éléments qui précèdent, vos rapporteurs estiment que la transposition, en France, de l’expérience des centres d’injection supervisés serait extrêmement hasardeuse et n’est en conséquence pas souhaitable. L’absence de données médico-économiques, les divergences d’appréciation sur l’efficacité de ces structures, leur condamnation par certaines instances officielles ainsi que les difficultés juridiques qu’une telle expérimentation comporterait conduisent à cette position. Mais surtout, l’ambiguïté du discours sur les drogues qui résulterait d’une telle expérimentation est, pour vos rapporteurs, inacceptable. Persuadés que la prévention du passage à l’acte constitue le premier pilier de la politique de lutte contre les toxicomanies, ils refusent de prendre le risque d’affaiblir la portée du message de santé publique sur le caractère illicite et nocif de la consommation de drogues.

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Extraits:

Pr Jean Costentin

…”La soumission chimique, a expliqué M. Gilbert Pépin, biologiste, est utilisée à des fins de viol, d’agression pédophile et de vols. Viennent ensuite les extorsions de fonds – et les captations d’héritages -, les homicides et les actions pour la garde d’enfant. En effet, a-t-il précisé, dans certaines séparations difficiles, il arrive que de la drogue soit donnée à son insu à l’un des parents, dont il sera dit ensuite qu’il en est consommateur, ce qui sera confirmé par l’analyse toxicologique.

Sont dissociés l’administration à l’insu de la personne et l’abus d’état de faiblesse. Dans ce dernier type d’abus, où des stupéfiants sont retrouvés dans 17,4 % des cas, la personne prend consciemment le produit, mais le dosage de celui-ci aboutit à altérer, voire à annihiler sa volonté et son discernement. M. Gilbert Pépin a rapporté avoir constaté « des viols sous association de cannabis et d’alcool, de cannabis seul – mais où les «joints» étaient élaborés à partir d’huile de cannabis, dont le principe actif est très fort – et encore d’amphétamines, plus précisément d’ecstasy » (81(*)).

Le risque de délinquance induite par la consommation de stupéfiants est d’autant plus important que le consommateur est jeune. « La déscolarisation est, dans 95 % des cas, due à la consommation de cannabis, qui conduit rapidement à un besoin, lequel va entraîner un début de délinquance car il faut de l’argent pour se procurer le produit » a indiqué leprofesseur Jean Costentin. « De ce fait », a-t-il ajouté, « le jeune consommateur déscolarisé se trouve progressivement désocialisé. Le problème n’est pas moral mais social » (82(*)).”…

Au sujet du Subutex:

…”Pourtant, ce produit est bien supposé être, au départ, un traitement de la dépendance. On pourrait donc s’attendre à ce qu’il puisse y être mis un terme, comme l’a souligné le professeur Jean Costentin, membre de la commission sur les addictions de l’Académie nationale de médecine, qui a jugé que « le bénéfice du Subutex est avéré lorsque le produit est prescrit et délivré par des professionnels bien formés. S’il est pris dans une perspective de réduction progressive des doses menant au rétablissement, il est irremplaçable et a toute sa place dans l’arsenal de lutte contre la toxicomanie » (190(*)).

M. Gilbert Pépin

….”Ce résultat est intéressant à deux titres : d’une part, il montre que la France dispose de meilleurs résultats que l’Allemagne qui est pourtant dotée de vingt-cinq salles de consommation de drogues ; d’autre part, il est mis sur le compte de la politique française en matière de réduction des risques.

Ce constat rejoint les propos tenus à la mission d’information par M. Gilbert Pépin, biologiste et expert judiciaire (268(*)), qui a noté que la France enregistrait beaucoup moins de morts du fait des opiacés que les autres pays européens et a jugé que cette situation était à mettre au crédit de sa politique de substitution aux opiacés. On peut penser que cela est aussi lié à la régression de l’administration de drogues par voie intraveineuse, qui est la plus risquée et a sensiblement diminué depuis les années 1990 grâce à la politique de réduction des risques, sans qu’il ait été besoin, pour atteindre de tels résultats, de créer des centres d’injection supervisés.”…

…..” La confusion du message de santé publique qui résulterait de la création de centres d’injection supervisés a également été soulignée par l’Académie nationale de médecine, qui a jugé, dans son communiqué du 11 janvier 2011, que « la mise à disposition de […] salles d’injection aurait pour effet de sortir, de facto, les drogues les plus détériorantes du statut illicite où elles sont actuellement et de remettre ainsi en question l’image répulsive qu’il convient de leur conserver pour éviter toute confusion dans la population dans son ensemble et, en particulier, chez les jeunes ».

Il est en effet déjà suffisamment difficile de batailler contre la banalisation de la consommation de produits psychoactifs parmi les jeunes. Vos rapporteurs ne pensent pas opportun de compliquer cette tâche en donnant l’impression que l’usage de drogues pourrait être admissible et que dans certaines situations particulières, la puissance publique pourrait accompagner les toxicomanes dans leur addiction.”…

…”M. Gilbert Pépin, biologiste, expert près la cour d’appel de Paris, agréé par la Cour de cassation, expert près le tribunal administratif de Paris, a indiqué lors de son audition : « Nous avons effectué une étude, qui porte sur trois années et quatre cent quatre-vingt deux cas, sur les molécules impliquées dans les accidents mortels de la circulation. Nous avons trouvé 31 % de cas positifs aux drogues, dont 27,8 % au cannabis. La totalité des drogues était présente chez 34,3 % des conducteurs sous l’emprise de stupéfiants au moment de l’accident. » M. Gilbert Pépin a aussi cité, rappelons-le, une étude sur les molécules impliquées dans les accidents mortels de la circulation. Cette étude, qui porte sur trois années et 482 cas, fait état de 31 % de cas positifs aux drogues, dont 27,8 % au cannabis, le taux montant à 42 % chez les conducteurs de moins de vingt-sept ans. M. Pépin a aussi indiqué que la dangerosité du cannabis au volant s’établit au moyen d’un coefficient multiplicateur de risques, qui est en France de 2,5, et peut dépasser 14 en cas de combinaison avec l’alcool (223(*)).”…

M. Serge  Lebigot

….Comme l’ont souligné de multiples personnes auditionnées par la mission d’information, tel M. Serge Lebigot, président de l’association Parents contre la drogue (273(*)), les familles seraient particulièrement démunies pour alerter leurs enfants contre les dangers de la drogue si, parallèlement, se mettait en place une « politique de la capitulation ». L’accompagnement des personnes dépendantes doit certes être organisé, par une offre de soins et d’insertion adéquate. Il ne peut prendre la forme d’une supervision bienveillante qui laisserait penser, à tort, que la pratique de la consommation de drogues serait dépourvue de risques ou, dans certains cas bien contrôlés, acceptable.”…

M. Richard Maillet

…”M. Thierry Vidor, directeur général de l’association Familles de France, a livré un portrait particulièrement inquiétant de la circulation du cannabis dans les établissements scolaires accueillant des adolescents : « dans les lycées et les lycées professionnels, 90 % des jeunes ont du «shit» sur eux. S’ils n’en ont pas, ils sont déconsidérés. La famille ne peut même plus agir. Il y a là un problème de société. C’est aussi vrai dans les populations défavorisées que dans les populations favorisées. Dans les lycées où les parents sont vigilants, 50 à 60 % de jeunes ont une barrette de «shit» dans leur poche ! » (4). « On sait que des trafics s’y déroulent, essentiellement autour du cannabis, mais aussi d’autres substances », a confirmé M. Michel Gaudin, préfet de Paris : « les problèmes des établissements scolaires sont réels » (3).

Même constat de la part de M. Richard Maillet, président de la Fédération nationale des associations de prévention de la toxicomanie, qui a mis en sus l’accent sur le rajeunissement progressif des jeunes usagers : « En 1996, les chefs d’établissement nous demandaient d’intervenir en seconde et en troisième ; en 1999, en quatrième et en cinquième, et en 2002, en CM2 ! Non seulement la consommation a explosé mais l’âge des premières consommations s’est abaissé à neuf ou dix ans » (111(*)).

Comment expliquer cette grande fragilité de la jeunesse à l’égard des drogues ? L’immaturité, la peur de ne « pas oser » et d’avoir l’air ridicule, le désir d’imitation, le goût pour la transgression, la fascination face à l’inconnu… sont bien des motifs très présents, mais d’autres de nature plus sociologique peuvent également être avancés. « Une autre raison pour laquelle les jeunes prennent de la drogue est que c’est «branché» », a ainsi avancé M. Richard Maillet, qui a évoqué « l’influence néfaste des médias. Combien de fois n’ai-je entendu le soir, rentrant de réunions de prévention avec des parents et des professeurs, des vedettes du spectacle, du monde musical ou des présentateurs de télévision tenir des propos banalisant, voire valorisant l’usage des drogues ? Où est la cohérence ? » (1). Le constat dressé par M. Thierry Vidor, est identique : « quel message la société et les médias nous font-ils passer ? «Cela n’a pas de conséquence : il vaut mieux fumer un pétard que prendre un verre de vin ou tomber dans la dépression» ! Pour les jeunes, c’est pratiquement un médicament ! On a complètement banalisé le produit » “…

…”M. Richard Maillet a également pointé l’absence de réponse répressive systématique entretenant l’idée d’une certaine impunité : « les jeunes se droguent aussi parce qu’aucune sanction n’est jamais prononcée à l’encontre ni des simples usagers ni des petits «dealers» » “…

M.Serge Lebigot

…”M. Serge Lebigot, président de Parents contre la drogue, a pour sa part vu dans les notions de « drogues dures » et « drogues douces » « des termes à bannir car ils correspondent à des techniques de marketing utilisées par ceux qui veulent banaliser les drogues ». La « vraie distinction », a-t-il estimé, « doit porter sur les drogues à effet rapide et les drogues à effet lent, l’héroïne jouant le rôle de la crise cardiaque et le cannabis celui d’un cancer qui ne se révèle que lorsque les dommages deviennent visibles » (94(*)).”…

Richard Maillet et Serge Lebigot

…” comme l’a fait remarquer M. Serge Lebigot, président de l’association Parents contre la drogue, « les dispositions de l’article L. 3421-4 du code de la santé publique, qui réprime toute incitation directe ou indirecte à la prise de drogues, doivent être appliquées et renforcées. Certaines stations de radios ou chaînes de télévision ne se privent pas de diffuser des messages banalisant l’usage de drogue. Promouvoir la drogue, ce n’est pas être «cool» : c’est être irresponsable ! » (120(*)). Dans une optique convergente, M. Richard Maillet, président de la Fédération nationale des associations de prévention de la toxicomanie, a remarqué : « Certaines stations de radio – vous savez comme moi lesquelles – n’hésitent pas à diffuser des messages banalisant l’usage des drogues. Certains groupes français de rap ou de reggae leur emboîtent le pas, incitant dans leurs chansons à la consommation. » (121(*”…

Remarques importantes:

La nécessaire association des familles

Les actions de prévention doivent, au-delà du public cible, impliquer tous les acteurs intéressés : parents, enseignants, professionnels de la santé, professionnels du champ socio-éducatif.

On a mentionné plus haut l’intérêt des programmes comportant des séances avec les parents pour les aider à améliorer leur « autorité parentale » et des séances regroupant les parents et les enfants pour vérifier les acquis. De façon beaucoup plus large, il est indispensable d’associer les familles à l’ensemble de la politique de prévention destinées aux enfants et adolescents.

Il est en effet incontestable que le climat familial joue un rôle dans les dérives vers l’addiction, tout comme la qualité des interactions entre parents et enfants. La position des parents vis-à-vis des produits intervient également : le comportement inconscient et irresponsable de certains parents fumant du haschich devant leurs enfants a été souligné à plusieurs reprises devant la mission d’information.

Les parents doivent donc être informés, et même associés à la mise en place des projets de prévention. Ils doivent bénéficier d’une information, non seulement sur l’action elle-même, mais aussi sur les éléments qui conduisent la réflexion : réalité des consommations, évolution psychologique des adolescents, principes de prévention, etc.

Par ailleurs, quand un élève ayant un problème de consommation est repéré dans un établissement scolaire, il importe que les parents soient alertés et que toutes informations utiles leur soient fournies sur les ressources possibles à l’extérieur de l’établissement, notamment sur les centres de consultation jeunes consommateurs.

Ainsi, le programme de prévention mis en place aux États-Unis évoqué plus haut intègre les parents.

Mme Marie-Françoise Camus

…” Mieux associer les familles et les instances de soutien au parcours de soins des toxicomanes

Les toxicomanies ont des conséquences lourdes non seulement pour les usagers de drogues mais aussi pour leur entourage. De nombreux représentants d’associations familiales auditionnés par la mission d’information ont pu témoigner de la profonde détresse qui touche les parents découvrant, souvent trop tardivement, que leur enfant est toxicomane. Alors qu’ils sont supposés être un point de stabilité et d’ancrage pour leur progéniture à la dérive, ils se sentent fréquemment démunis et isolés, culpabilisent et ne savent vers qui se tourner. Les associations de soutien jouent là un rôle essentiel en les aidant à surmonter cette épreuve.

Car ainsi que l’a indiqué Mme Marie-Françoise Camus, présidente de l’association Le Phare-Familles face à la drogue, « c’est grâce à la fermeté aimante de leurs parents que beaucoup s’en sortent. […] Nous ne pouvons pas décider à la place du jeune mais nous pouvons changer notre relation avec lui ; souvent, quand les jeunes constatent le bien que l’association fait à leurs parents, ils ont envie de nous connaître eux aussi » (164(*)).

Les associations de soutien aux proches et aux familles mènent un travail tout à fait remarquable qui doit être reconnu à sa juste valeur et encouragé ; car au-delà de la réponse médicamenteuse ou psychiatrique, le toxicomane a également besoin de soutien, d’écoute et d’amour pour retrouver sa place et une stabilité affective. Vos rapporteurs soutiennent donc évidemment les propositions de la Fédération française de l’addiction qui appelle à encourager le développement des associations de parents et inscrire l’accueil des familles dans les missions des soignants et des centres de soins. Il est également nécessaire, comme le suggère la fédération, de reconnaître le rôle de ces associations en leur donnant une plus grande place dans les instances sanitaires, médico-sociales et administratives.

Cette démarche doit aussi concerner les associations de toxicomanes en traitement, telle l’Association française des dépendants en rétablissement, auditionnée par la mission d’information et qui milite fortement en la matière. Car comme ses représentants l’ont noté, la parole des usagers de drogues en rétablissement est primordiale pour élaborer la politique de lutte contre les toxicomanies. La prise en compte de leur expérience ne pourra que contribuer à améliorer l’offre de soins aux toxicomanes”….Cette démarche doit aussi concerner les associations de toxicomanes en traitement, telle l’Association française des dépendants en rétablissement, auditionnée par la mission d’information et qui milite fortement en la matière. Car comme ses représentants l’ont noté, la parole des usagers de drogues en rétablissement est primordiale pour élaborer la politique de lutte contre les toxicomanies. La prise en compte de leur expérience ne pourra que contribuer à améliorer l’offre de soins aux toxicomanes”….

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Compte rendu interparlementaire 1.pdf

Source : http://www.afder.com/

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posted on 12 novembre 2013
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