Olivier : Témoignage d’un dépendant en rétablissement

@afder.org

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Je m’appelle Olivier, j’ai 29 ans, je suis un mec normal, un boulot, une famille, un chat. Et pourtant j’ai chuté. Je suis devenu accro à la codéine. La codéine, on la retrouve dans de nombreux médicaments, en vente libre. Olivier raconte comment il est devenu un « drogué du quotidien » en détournant l’usage d’un médicament, la codéine; et comment il s’en est sorti.

On sait que la consommation de codéine en France a doublé depuis 2007, au point d’inciter les autorités sanitaires à renforcer sa surveillance. Comme Olivier a pu le faire, certaines personnes en consomment de grandes quantités, à la recherche d’effets opiacés, et développent une addiction sévère.Mathieu Deslandes

Suite à une période compliquée, rythmée d’incessants maux de tête, de crises d’angoisse à répétition, un pharmacien m’avait proposé, en 2009, une boîte de Prontalgine. Le seul médicament qui semblait soulager ces fichues migraines, puis petit à petit, le seul médicament qui pouvait m’apporter un certain bien-être : une caresse artificielle dans un monde où je ne trouvais plus de réconfort.

Ma consommation a augmenté, doucement, insidieusement. Sans m’en rendre compte, je passais de quatre à douze comprimés par jour. Parfois beaucoup plus, mais jamais moins.

Je connaissais les pharmacies par cœur, celles de garde, celles qui ouvrent le dimanche. Les pharmaciens m’adressaient de chaleureux sourire et des salutations gênantes dans la rue.

J’évitais soigneusement de remettre les pieds dans une échoppe deux fois d’affilées, j’achetais les boites par deux, puis par trois. Un départ en vacances ? Il me fallait faire cinq pharmacies pour me constituer un petit stock de cachets codéinés.

Il me fallait sortir de cet enfer

Mes proches n’ont jamais été au courant, ils voyaient bien qu’il m’arrivait souvent de prendre un comprimé ou deux, mais la plupart du temps, je le faisais discrètement.

J’avais l’impression d’être en pleine possession de mes moyens. Boosté par le trop plein de caféine que contenait ce remède, je pouvais me coucher très tard sans pour autant être trop fatigué le lendemain.

Un jour, tout s’est cassé la gueule.

Le 25 décembre dernier, je me suis retrouvé à court. Pour la première fois depuis six ans, j’allais passer une journée sans codéine. Premier sevrage involontaire. Ce fut l’horreur totale, je transpirais, j’étais déprimé. Mes jambes bougeaient sans arrêt, j’étais violent dans mes réactions. Couché à 19 heures, réveillé à midi le lendemain.

Je réalisais seulement à ce moment là que j’avais un problème avec la codéine. Un problème tout court. Il me fallait sortir de cet enfer. Enfer plutôt coûteux pour ma santé, pour mon portefeuille (une centaine d’euros par mois), pour mon rapport aux autres…

J’ai rencontré trois médecins généralistes : les trois ont dédramatisé mon problème, et à part un anti-dépresseur, aucun n’a jugé nécessaire de m’aider :

« Si ça calme vos maux de tête, avec ces doses, vous n’allez pas mourir. »

Je venais pourtant de lire des centaines de messages sur tout un tas de forums spécialisés : j’avais un sérieux problème d’addiction.

J’étais honteux mais le médecin ne m’a pas jugé

Les médecins généralistes ne voulaient pas m’aider ? De mon propre chef, j’ai franchi la porte d’un centre d’addictologie. Ce fut violent. A mes côtés dans la salle d’attente un foule d’écorchés, de drogués.

Je savais que la tâche serait difficile. Mais la « thérapie » s’est faite en douceur. Des rendez-vous pour parler de tout ça, de la consommation, à essayer de comprendre le « pourquoi » avec pour un aide, un médecin addictologue compétent.

J’ai commencé par une petite diminution, lente, étalée sur deux mois entiers. J’ai tenu bon, j’étais progressivement à trois ou quatre comprimés en quelques semaines, mais au mois de mars j’ai trébuché : j’étais honteux, mais le médecin ne m’a pas jugé. Au contraire, pour lui c’était plutôt normal.

S’en est suivi un premier rendez-vous avec une psychologue du service addictologie, puis un deuxième, puis un troisième. J’ai attendu le quatrième rendez-vous pour en sentir les bénéfices : petit à petit, je comprenais pourquoi j’en étais arrivé là.

Une souffrance professionnelle, des problèmes relationnels et un fait marquant (ma compagne, enceinte, a fait une fausse couche) étaient le point de départ de tout ça.

J’ai énormément parlé entre février et mai. Les analyses et les scanners me l’ont confirmé : mes maux de tête n’avaient aucune cause biologique. « Peut-être que c’est vous… », m’a un jour suggéré un médecin. Ce fameux mal de tête qui me bouffait la vie, mon cerveau l’avait inventé.

Je suis « clean » depuis plus d’un mois

Depuis le milieu du mois de mai, j’ai tout arrêté. De trois comprimés je suis passé à rien. Cela a été physiquement compliqué. Encore des bouffées de chaleur, de l’angoisse, les jambes qui bougent, le sommeil trop profond ou alors très perturbé.

Mon corps réclamait sa dose, mais mon esprit, plus sain m’empêchait de passer à l’acte. Je suis donc « clean » depuis plus d’un mois après une consommation déchainée, et j’ai mal à la tête… quand je fais un peu trop la fête, ou après des journées trop chargées. Comme tout le monde en fait.

Si vous êtes dans le même cas que moi, faites-vous aider, ne restez pas seul dans cette foutue merde. Dirigez-vous vers un centre d’addictologie, un groupe d’entraide, ou à l’AFDER. Et puis parlez-en. A vos proches, à vos pharmacies. Mettez vous « au pied du mur ». Reprenez votre vie en main.

Pour ma part, ces derniers mois j’ai réglé certains vieux problèmes avec des amis, j’ai pris des décisions concernant mon avenir professionnel et j’ai exploré des choses en me découvrant des passions… qui m’ont aidé à tenir (entre autre la lecture !).

N’essayez pas l’arrêt brutal, c’est inutile. Prenez le temps.

Je pense être sorti d’affaire, même si je redoute les prochains coups dur. Mais la prochaine fois, au lieu de me jeter sur une boite de Prontalgine, j’irai voir la psy. J’ai une pensée pour tous ceux qui en chient. Tenez bon.

Olivier

Troubles addictifs

Les troubles addictifs regroupent l’alcoolisme, les toxicomanies, le tabagisme et les addictions comportementales (ex : jeu). Cette rubrique permet de mieux les connaître.

Sommaire :

 

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS, CIM 10), l’addiction est un « ensemble de phénomènes comportementaux, cognitifs et physiologiques, survenant à la suite d’une consommation répétée d’une substance psychoactive, associés à un désir puissant de prendre la substance, une difficulté à contrôler la consommation, une poursuite de la consommation malgré les conséquences nocives, un désinvestissement progressif des autres activités et obligations au profit de cette substance, une tolérance accrue et parfois un syndrome de sevrage physique ».

Elle est variable selon les substances. Les troubles addictifs regroupent l’alcoolisme, les toxicomanies, le tabagisme et les addictions comportementales (par exemple la dépendance au jeu).

Les différentes addictions

Addiction aux substances illicites

  • Toutes les drogues illicites peuvent créer une dépendance, mais celle-ci est de nature variable selon les produits. On distingue ainsi les psychostimulants, qui augmentent la vigilance et diminuent la sensation de fatigue (cocaïne, amphétamines) et les opiacés (morphine, héroïne), qui ont un effet d’endormissement ;
  • Certaines substances vont créer une forte dépendance psychologique sans qu’il y ait de dépendance physique (c’est le cas de la cocaïne par exemple), tandis que d’autres provoqueront une dépendance psychologique et physique à la fois (héroïne) ;
  • Les risques entraînés par la consommation de drogues sont variables selon les substances : crises de panique (ecstasy), crises d’angoisse (cannabis), surdose et coma (héroïne), hypertension artérielle (cocaïne).

Pour en savoir plus sur les drogues illicites.

Addiction aux médicaments psychotropes

  • La consommation française de psychotropes figure parmi les plus importantes au monde. Les tranquillisants et les somnifères entraînent deux types de dépendance.
    • Dépendance à faible dose est celle des personnes qui ont commencé par un «petit» tranquillisant ou un « petit » somnifère et qui, au bout de plusieurs années, n’arrivent plus à s’en passer. Il n’y a pas d’augmentation spectaculaire des doses, ni d’ivresse ;
    • Dépendance à forte dose s’installe lorsque ces médicaments sont utilisés comme calmants ou comme enivrants.

Addiction à l’alcool

  • L’alcool est, de loin, la substance psychoactive la plus consommée en France. Il y a plus de 4 millions de consommateurs à problème ou à risque de dépendance ;
  • Un usage nocif peut entraîner cancers, maladies du foie et du pancréas, troubles cardio-vasculaires, maladies du système nerveux et troubles psychiques (anxiété, dépression, troubles du comportement).

Pour en savoir plus sur l’alcool.

Addiction au tabac

Même si la dépendance physique ne touche que 20 à 30 % des fumeurs, la dépendance psychologique ou « comportementale » est très importante. Le tabac est la substance psychoactive qui entraîne le plus de décès en France.

Addiction aux jeux

La dépendance aux jeux d’argent et de hasard est la principale addiction « sans drogue ». Elle est responsable de surendettement, de dépressions, voire d’actes de délinquance.

Qui est concerné ?

Selon l’OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies), 10% des adultes ont, ou ont déjà eu, un usage problématique de l’alcool, 26% seraient des fumeurs quotidiens, 19% ont consommé un médicament psychotrope au cours de l’année et 2,8% consomment quotidiennement du cannabis. En France, selon les résultats du Baromètre santé Inpes 2010 , on peut estimer que 0,9 % des individus (400 000 personnes) présentent un risque modéré et que 0,4 % sont des joueurs excessifs (200 000 personnes), soit 1,3 % de joueurs dits problématiques.

Usage au cours de la vie de substances psychoactives (hors alcool, tabac et cannabis) parmi les 18-44 ans Évolutions depuis 1992

Source : Baromètre santé 1992, 1995, 2000, 2005, 2010, Inpes exploitation OFDT (Site internet de l’OFDT )

Comment traiter les addictions ?

La plupart des addictions sont des problématiques au long cours susceptibles de rechutes. Certaines doivent être pris en charge par des équipes pluridisciplinaires(hospitalisation, centres de cure et de post-cure).

La thérapie apporte un soutien et une information adaptée sur les mécanismes de la dépendance, les effets du sevrage. Elle permet de prendre du recul par rapport à ses problèmes, son histoire et le sens que peut y prendre l’addiction.

Des traitements médicamenteux peuvent être nécessaires dans la période de sevrage (traitements de substitution aux drogues ou au tabac, antidépresseursanxiolytiques).

Où s’adresser ?

 

Rédaction

Dr Marc Valleur (Psychiatre, Centre Marmottan, GPS Perray-Vaucluse) et Aude Caria, (Psychologue, Psycom).
Synthèse réalisée Marc Oeynhausen à partir de la brochure Psycom « Les troubles addictifs », juin 2011. Mise à jour le 24 février 2013, suite à la création du portail INPES “Joueurs Info Service”


Alcool, tabac, médicaments, jeux

L’alcoolodépendance, malgré sa fréquence et la gravité de ses conséquences, est trop souvent prise en charge très tardivement, du fait des difficultés des sujets à admettre le problème et à demander de l’aide.

Drogues illicites

Toutes les drogues illicites peuvent créer une dépendance, mais celle-ci est de nature variable selon les produits.

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